Laisser du jeu

LE VENDREDI SOIR

J’arrive toute pleine de polyrythmie indienne. Ça chante au-dedans.

Proposition d’explorer la fonction phorique

Cet après-midi, j’ai essayé de combiner des rythmes de 4 et de 3, ou de 5 et de 8, etc. Ça fonctionnait rythme 3 et 4 quand j’arrivais à passer au-dessus de mes réflexes de mimétisme, de « synchronicité » des différentes parties de moi. Quand j’arrivais à ne plus être faite d’un seul bloc. Mes parties devaient être relativement autonomes et n’obéir qu’à LEUR programme rythmique et à la pulsation commune (mais pas au rythme de l’autre main par exemple).

Je traduis donc la consigne d’Asaf en : abandonner complètement à la gravité la partie de mon corps lestée par ma partenaire (comme un truc mnémotechnique pour me souvenir de la gravité) et trouver dans le reste de moi des mouvements indépendants les uns des autres et de la partie abandonnée. Expérimenter une choralité, une anarchie interne tout en gardant conscient l’effet de la gravité sur mes masses. Ne pas m’imaginer hors-sol.

Il y a des endroits où ça agrippe, où ça ne veut pas laisser libres les articulations mais globalement ça fonctionne et c’est agréable. La sensation est la même que si j’avais d’abord essayé de bouger mon bras dans de l’eau puis que je l’avais ensuite bougé à l’air libre. Ce qui m’entoure ne m’oppose plus de résistance. Sensation de facilité, de liberté, de légèreté, de joie et d’amusement aussi des drôles de combinaisons qui surgissent.

C’est comme si le fait de me considérer comme constituée de petits morceaux rendait justement possible l’existence d’une relation entre ces morceaux, et du même coup l’existence d’espaces de jeu entre eux (au sens mécanique d’écart, de liberté de mouvement, d’ajustement possible entre deux pièces) et donc d’espaces en moi.

Proposition d’explorer la fonction haptique

  • Est-ce que je peux percevoir des informations qui me parlent de mon dedans et de mon dehors en même temps ? Oui, je peux.

 

  • J’amuse alors à passer de REGARDER à VOIR et inversement :

-j’ai envie de voir quelque chose et mon corps s’organise pour que ce soit possible.

-je bouge et mes yeux captent ce qui leur passe devant.

 

  • Il y a aussi la proposition de jouer avec la possibilité d’imaginer deux sens à la perception : celle qui informe sur l’extérieur [TOUCHER] et celle qui indique ce qui se modifie chez moi [ETRE TOUCHE].

 

  • Alors se crée chez moi un jeu entre actif et passif ; dedans et dehors ; œil, oreille, peau, chair et masse.
    relativity-1600-lego

    Escher’s “Relativity” in LEGO, Andrew Lipson

    Puzzle poly-attentionnel sans cesse en reconstruction. Ça dépasse de loin mes capacités de conscience. Il y a trop de choses différentes simultanément. Mais apparemment c’est intéressant à explorer – même si je n’arrive pas à réaliser ce que je fais ou ne fais pas – puisque je m’y engage avec appétit. Au bout d’un moment je commence à me demander si la rugosité de la vitre que je vois, je ne la sens pas en fait avec ma peau. Et cette espèce de synesthésie me donne une impression encore un peu plus grande d’anarchie… Mais c’est joyeux d’être dépassée par la multitude des informations, sans que ça freine mon envie d’explorer.

LE WEEK-END

Posture d’élève / de participant

  • Je garde des interventions de Nicola l’idée d’écart, d’espace entre et de choix possibles à l’intérieur de cet espace.
  • De l’exploration de la fonction phorique, je garde l’expérience que je ne suis pas un bloc et que je peux, sans problème, être à la fois ici et là-bas. Que je peux être multiple et vaste. Que je n’ai pas besoin de me créer une unité mais simplement de garder en tête que j’ai besoin d’appuis.
  • De l’exploration de la fonction haptique, je garde l’expérience que je peux avancer sans tout comprendre.

C’est avec ces idées en tête que j’ai essayé ce week-end de me positionner différemment face aux propositions qui m’étaient faites ; en particulier dans les cas où je percevais un écart important entre l’endroit où je me trouvais et l’endroit où se trouvait la personne qui proposait et d’où émergeait donc son offre.

J’ai pris le temps de sentir là où j’étais (là où se trouvaient mes appuis) et de regarder où se trouvait la proposition. J’ai décidé de ne pas considérer la distance entre les deux comme un espace à combler (ou à éviter) mais au contraire, comme un espace potentiel qui s’ouvrait – non seulement pour moi mais aussi pour le « proposant » ou mon partenaire de travail. Alors devenait possible pour moi de rester là où j’étais, tout en commençant à goûter la proposition à un autre endroit de moi. Vivre au dedans l’écart, l’hétérogénéité. Et me retrouver à abriter des zones d’inconnu entre ces morceaux disparates. Puis sans certitudes de résultat, “aller dans le monde” avec tout ça et voir si des articulations, des chemins se trouvaient.

… ça a parfois donné d’agréables expériences de tranquille début de nouveautés…

 

Somatiques, carte et territoire

bras cassés absurdeJ’ai beaucoup aimé pouvoir inventer des théories farfelues pour créer des scénarios d’exploration (cf. proposition d’Asaf de reconstituer de la « piedagogie » de Nijinski). C’était rafraîchissant de travailler à partir de concepts auxquels personne ne croyait, et de voir que cela n’entravait ni l’engagement, ni l’expérience.

Faire comme si. Jouer.

Et apprendre.

Peu importe la carte du moment qu’on peut explorer le territoire ! …

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